Orwell critique du libéralisme, par JC Michea.

Publié le par DAN

Il n'aurait pas été convenable de vous présenter mes voeux de nouvel an sans une note d'espoir quand à sortir non seulement de la crise économique mais encore morale dont les financiers et reponsables politiques offrent le spectacle. Meilleurs voeux pour 2009 donc.    

LE POINT

 

-6 Septembre 2007-

"Sous l’influence de l’interprétation marxiste, on considère généralement la modernité comme le résultat « historiquement nécessaire » du développement de l’économie et des relations marchandes qui a caractérisé la fin du Moyen-âge et la Renaissance. C’est en grande partie une illusion rétrospective. Bien des civilisations, comme par exemple la Chine des Song, ont connu un essor comparable des processus marchands sans pour autant devenir « modernes » ou « capitalistes ».
"Ce qui est, en revanche, spécifique à l’Europe occidentale du XVIème et XVIIème siècle c’est l’ampleur et la durée inédites d’une forme de guerre très particulière : la guerre de religion ou guerre civile idéologique. Or si la guerre civile est « le plus grand des maux », comme l’écrit Pascal, c’est parce qu’en divisant les familles, en opposant les voisins et en brisant les amitiés, elle met en péril l’idée même de communauté politique.
"Le projet moderne, dont le libéralisme est la forme la plus radicale, est précisément né de la volonté de trouver à tout prix une issue à cette crise historique sans précédent. Il s’agissait, en somme, pour les élites du temps, d’imaginer une forme de gouvernementalité qui ne se fonderait plus sur des postulats moraux ou religieux particuliers - telle ou telle conception de la vie bonne ou du salut de l’âme - mais sur une base tenue pour « axiologiquement neutre ». Cela explique le rôle joué par la Raison et  l’idéal de la Science dans les sociétés modernes. Après Galilée et Newton, il est devenu possible de croire qu’il existerait une manière purement « technique » de régler l’ensemble des problèmes que pose la vie en commun."

"... L’indifférence des démocraties à la cause espagnole lui fait adopter un temps une forme de pacifisme absolu, renvoyant dos à dos impérialisme, nazisme et stalinisme. Le pacte germano-soviétique puis l’entrée en guerre de l’Angleterre le rappelleront à son patriotisme et à son libéralisme originel. Il réalise alors que le socialisme de la common decency a partie liée avec la démocratie et le sentiment national. Il en est le dépassement et non la remise en cause. Ce constat l’amènera à écrire Le Lion et la Licorne, la tentative de définition la plus aboutie de son projet politique. Désignant ce que serait une révolution typiquement anglaise, il écrit : « Le gouvernement ne sera pas doctrinaire ni même logique. [...] Il restera fidèle à la tradition du compromis et demeurera persuadé que la loi est au-dessus de l’Etat. Il fera preuve d’une capacité à assimiler le passé qui stupéfiera les observateurs étrangers et les amènera parfois à se demander s’il y a eu une révolution en Angleterre. » ..."

D.Szeftel 
"Le Meilleur des Mondes", revue,  2006
 

"Le coeur de la philosophie libérale est, en effet, l’idée qu’un pouvoir politique ne peut assurer la coexistence pacifique des citoyens que s’il est idéologiquement neutre. Cela signifie que dans une société libérale toutes les manières de vivre ont une valeur philosophique égale et que la seule limite de la liberté des uns est la liberté des autres. Concrètement cela revient à dire que chaque individu est libre de vivre selon sa définition privée du bonheur ou de la morale (s’il en a une) dès lors qu’il ne nuit pas à la liberté d’autrui. Tout cela est très séduisant sur le papier. Le problème c’est que ce dernier critère - central dans toutes les constructions du libéralisme – devient très vite inapplicable dès lors que l’on veut s’en tenir à une stricte neutralité idéologique (et je rappelle que lors du procès de Nuremberg, les juristes libéraux refusaient la notion de « crime contre l’humanité » au prétexte qu’elle impliquait une représentation de la « dignité humaine » liée à des métaphysiques particulières, et donc incompatible avec la « neutralité axiologique » du droit). Comment par exemple trancher d’une façon strictement « technique » entre le droit des travailleurs à faire grève et celui des usagers à bénéficier du service public ? Comment trancher entre le droit à la caricature et celui du croyant au respect de sa religion ? Comment trancher entre le droit du berger à défendre l’agneau et celui de l’écologiste citadin à préférer le loup ? Dès lors que l’on entend traiter ces questions, multipliables à l’infini, sans prendre  appui sur le moindre jugement philosophique (c’est-à-dire, aux yeux des libéraux sur des constructions idéologiques arbitraires) elles se révèlent insolubles.

"Le concept orwellien de commune décence  illustre à lui seul ce qu'on pourrait appeler une civilisation des moeurs en alternative radicale à la dissociété libérale.
J'avoue me sentir très proche de cette philosophie sociale dont la caractéristique première est d'être fondamentalement antitotalitaire, mettant les vertus populaires au coeur du vivre-ensemble.
Le peuple, objet trop souvent fantasmé d'une démocratie qui finit par craindre ce qu'elle est pourtant sensée représenter, redevient le véritable sujet historique concret.
Et il ne peut l'être que si ses vertus sont reconnues."

G. Leclerc
"Royaliste" 3 Novembre 2008

"L’idéal orwellien, et socialiste, d’une société décente - c’est-à-dire d’une société égalitaire qui respecterait un certain nombre de valeurs morales élémentaires - s’oppose évidemment à l’approche purement juridique de la question sociale qui caractérise la démarche libérale. Chacun sait bien que l’égalité des droits est parfaitement compatible avec les inégalités de fait les plus indécentes. Mais ce primat philosophique de la common decency sur les impératifs formels du droit n’implique aucun mépris pour les garanties juridiques fondamentales. On peut tout à fait reconnaître le droit de chacun à défendre une opinion ou une manière de vivre particulières sans considérer pour autant que toutes les opinions et toutes les manières de vivre ont une valeur philosophique égale. Une société qui m’obligerait, par exemple, à avoir des enfants serait de toute évidence tyrannique. Mais je reconnais bien volontiers que ma décision personnelle de ne pas en avoir n’est pas universalisable sans contradiction. J’admets donc parfaitement, en même temps, que la société encourage, et privilégie sur le plan symbolique, des choix philosophiquement contraires aux miens, et qui sont effectivement plus conformes à la survie de l’humanité. C’est bien ce genre de dialectique qui permettait à Voltaire d’écrire à l’un de ses adversaires idéologiques persécuté par le pouvoir en place, que tout en étant en complet désaccord avec lui, il se battrait jusqu’au bout pour qu’il ait le droit de publier librement ses opinions."

Jean-Claude MICHEA 

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Publié dans Actuel

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