Georges Sorel & P-J. Proudhon, théoriciens de la décroissance ?

Publié le par DAN

 

"Les conceptions que nous formons sur l'état naturel, l'état futur ou l'état désirable des sociétés, dépendent très étroitement des sentiments que nous inspire la pauvreté, -en sorte qu'il est souvent utile de fonder sur la diversité de ces sentiments la classification des systèmes socialistes.
Une profonde révolution se produisit dans la philosophie morale quand les plus hardis des utopistes cessèrent de rever pour les héros de leurs romans une modeste existence, analogue à celle que Platon aurait voulu imposer à ses guerriers. 

"Au cours du XIX° siècle, les merveilles engendrées par la grande industrie ont troublé les cervelles à ce point que certains écrivains particulièrement exaltés ont cru que dans le monde délivré du joug capitaliste les richesses seraient assez abondantes pour être abandonnées aux convoitises des passants.

 

 "faire une besogne de magister villageois ne saurait convenir à un personnage qui n'a d'aptitude que pour la dictature spirituelle de l'univers; l'apologie du travail est inintelligible pour un si grand Intellectuel; la fiereté des producteurs qui trouvent dans leur vie laborieuse des raisons suffisantes de bien produire, parait une outrecuidance intolérable à notre prophète de l'action ..
Ainsi ont disparu tous les messies sociaux du XIX° siècle, sans avoir laissé aucune trace dans le mouvement économique qu'ils avaient prétendu diriger de très haut; leur activité s'est dépensée en bavardages rapidement oubliés; ils n'ont été que des vagabonds .." G. Sorel 

"D'innombrables philanthropes ont essayé de faire le bonheur de l'humanité sans partir de l'hypothèse naive d'une production capable de supporter le gaspillage de la prise au tas; ils ont voulu réglementer, suivant divers principes d'équité naturelle, la répartition de biens, qui pour être prodigieux, ne seraient cependant pas illimités; ils ont donné des formules destinées à assurer aux masses assez d'aisance pour qu'elles ne se révoltent pas contre les magnats de l'idéalisme, qui seraient pourvus d'apanages princiers.
Les démocrates avancés suivent de plus près les possibilités économiques; ils n'accordent, en effet, aux pauvres que de l'assistance, au moyen d'énormes impôts prélevés sur une industrie prospère, -impôts qui permettent d'entretenir par surcroit les démagogues.   

".. Des socialistes, constatant que l'attachement à la maison familiale disparait avec une extreme rapidité dans les classes riches, le regardent comme un préjugé méprisable, bon tout au plus pour de petits bourgeois; la promiscuité des stations balnéaires serait, semble-t-il, ce qui représenterait le mieux pour eux l'anticipation de la vie de la société future; le monde devrait ainsi se transformer en un mécanisme de pièces interchangeables."  G. Sorel

"Proudhon s'est toujours élevé avec beaucoup d'énergie contre les illusions de la richesse qu'il trouvait répandues autour de lui; l'humanité doit prodigieusement travailler pour arriver à mettre sa production au niveau des besoins modérés; la société juste serait celle qui accepterait la loi de pauvreté.


"- La pauvreté, dit il, est décente; ses habits ne sont pas troués comme le manteau du cynique ... Elle a le pain quotidien, elle est heureuse. La pauvreté n'est pas l'aisance ... Il importe que l'homme puisse à l'occasion se mettre au-dessus du besoin et se passer même du nécessaire. Mais la pauvreté n'en a pas moins ses joies intimes, ses fêtes innocentes, son luxe de famille, luxe touchant que fait ressortir la frugalité accoutumée du ménage."  

 "Les époques du mariage et de la puberté sont décisives pour notre psychologie; alors se constituent, chez les hommes qui ont connu l'amour dans des conditions favorables, des idées qui demeureront, durant toute la vie, puissantes dans l'intelligence, bienfaisantes dans l'action, illuminatrices du monde dans lequel nous nous mouvons.
Les cliniciens ont notamment observé qu'il est d'une importance capitale que la puberté soit éveillée au milieu de rêves d'une chaste poesie."  G. Sorel

 


"- .. La pauvreté est bonne, et nous devons la considérer comme le principe de notre allégresse. La raison nous commande d'y conformer notre vie par la frugalité des moeurs, la modération des jouissances, l'assiduité au travail et la subordination absolue de nos appétits à la justice." 

"Le syndicalisme ayant la prétention de changer l'ordre économique au profit de la masse entière du prolétariat, ses écrivains tromperaient impudemment les travailleurs s'ils leurs promettaient la vie facile; ils doivent suivre sur ce point très fidélement ce que leur a enseigné Proudhon .. "

 

Que l'on me permette ces courts extraits d'une analyse de l'oeuvre littéraire de Lucien Jean par Georges Sorel, publiée le 1 Juin 1910 dans une revue italienne.
Sorel et Proudhon y apparaissent à contre temps de bien des idées reçues de notre époque, c'est encore là être révolutionnaire.


G.SOREL "Materiaux d'une théorie du prolétariat", annexes, Slatkine 1981.

BICENTENAIRE PJ PROUDHON

PJ Proudhon critique de la Révolution française - Bicentenaire.
P.-J. Proudhon et la spéculation boursière, 1856 - Bicentenaire
P.-J. Proudhon et la célébration du Dimanche (1845). bicentenaire.
Le contrat social, le mutuellisme, Proudhon critique de Rousseau.
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